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La collégiale Saint-Martin de Colmar, un monument gothique marqué par son lanternon à bulbe

Éléonore Weitzmann 7 min de lecture
Collégiale saint martin colmar et lanternon à bulbe au golden hour

Située dans le centre historique, la collégiale Saint-Martin de Colmar se distingue par sa pierre rose, ses volumes gothiques et son lanternon à bulbe. Souvent appelée « cathédrale de Colmar », elle est pourtant une collégiale devenue église paroissiale. Sa visite permet de suivre près d’un millénaire d’histoire religieuse, urbaine et architecturale alsacienne.

Une église majeure au centre de Colmar

La collégiale Saint-Martin est l’un des grands repères du patrimoine alsacien. Le terme collégiale désigne une église desservie par un chapitre de chanoines, sans être nécessairement le siège d’un évêque. Cette distinction explique pourquoi l’édifice n’est pas, au sens strict, une cathédrale, même si son ampleur et sa silhouette lui ont valu cette appellation courante.

Je te présente la collégiale Saint-Martin de Colmar ! Et pourquoi une collégiale ?

Le site est lié à la vie religieuse de Colmar bien avant la construction visible aujourd’hui. Une prévôté y existait avant l’an mil. Cet établissement religieux était administré par un prévôt. Les fouilles et les sources historiques montrent que l’église gothique s’inscrit dans une succession de sanctuaires plus anciens, au sein d’un quartier longtemps structuré par le culte, le cimetière et les institutions religieuses.

Pourquoi parle-t-on de « cathédrale de Colmar » ?

La confusion vient notamment de la période révolutionnaire. Après la suppression du chapitre collégial, l’église a reçu le statut de cathédrale constitutionnelle. Cette fonction n’a toutefois pas duré : en 1802, avec le Concordat, l’édifice est redevenu une église paroissiale. Son surnom de cathédrale reste donc un usage local, lié à son importance monumentale, mais il ne correspond pas à son statut religieux actuel.

Des sanctuaires anciens à l’édifice gothique

L’histoire de la collégiale Saint-Martin de Colmar ne commence pas au XIIIe siècle. Un sanctuaire antérieur, probablement daté du XIe siècle, a précédé l’église médiévale. Après l’incendie de 1106, une basilique romane est construite. Les vestiges étudiés révèlent notamment un transept de 19 × 8 mètres et une nef de 15 mètres de long, des dimensions qui renseignent sur l’organisation de cet édifice disparu.

Localiser la collégiale Saint-Martin de Colmar

1234, une date fondatrice

En 1234, une bulle du pape Grégoire IX transforme l’établissement en chapitre collégial. À cette époque, la communauté compte seize chanoines, puis douze en 1440. C’est dans ce cadre que s’engage la reconstruction de l’église actuelle, commencée par le transept. Le chantier se prolonge de 1234 jusqu’aux environs de 1365, donnant naissance à l’édifice gothique que l’on connaît aujourd’hui.

Deux noms sont associés à cette grande phase de construction : maître Humbert et Guillaume de Marbourg, dont la mort est attestée en 1366. Le monument résulte d’un chantier de longue durée. Plusieurs générations de bâtisseurs, de tailleurs de pierre et d’artisans ont participé à son élévation, avec des transformations qui se lisent encore dans ses volumes et ses détails.

Incendies, transformations et continuité

En 1572, un nouvel incendie endommage la charpente, le couronnement de la tour Sud et le clocheton. Trois ans plus tard, en 1575, ce dernier est remplacé par le lanternon à bulbe qui distingue aujourd’hui la silhouette de la collégiale. Cet ajout tardif contraste avec les lignes gothiques de l’ensemble. Il rappelle aussi que l’édifice a été modifié au fil des siècles, selon les besoins et les techniques de chaque époque.

Ce qu’il faut observer dans l’architecture

La collégiale Saint-Martin est un édifice majeur de l’art gothique en Alsace. Elle se compose de trois nefs, d’un transept, d’un chœur et d’un déambulatoire. Ce dernier est une galerie qui permet de circuler autour du chœur sans interrompre les célébrations. Cette organisation répond aux besoins liturgiques d’une église importante et donne au monument une structure lisible depuis l’intérieur.

La pierre, les volumes et la lumière

Les parements des façades font largement appel au grès de Rouffach, dont la teinte chaude contribue à l’identité visuelle de la collégiale. La verticalité gothique, les clochers, les baies et les sculptures conduisent le regard vers le haut. À l’intérieur comme à l’extérieur, il est utile d’observer la manière dont les masses de pierre structurent les circulations, encadrent les ouvertures et soulignent les lignes du transept et du chœur.

Un monument ancien ne conserve jamais une couleur uniforme. La pluie, le vent, les réparations successives et l’oxydation des matériaux déposent une patine sur le grès, les joints et les reliefs sculptés. Ces nuances permettent de distinguer les zones les plus exposées, les reprises de maçonnerie et les parties qui demandent une attention particulière. Restaurer ne signifie donc pas rendre la pierre neuve, mais préserver son relief, sa cohérence et sa résistance au temps.

Le lanternon à bulbe, signature de la silhouette

Installé après l’incendie de 1572, le lanternon à bulbe est l’élément le plus reconnaissable depuis les rues et les places environnantes. Un lanternon est une petite construction placée au sommet d’une toiture ou d’une tour. Ici, sa forme bulbeuse crée un contraste avec les lignes plus strictes du gothique. Cette superposition de périodes donne à la collégiale son profil particulier et facilite son identification dans le centre de Colmar.

Un monument historique éclairé par l’archéologie

La collégiale est classée au titre des monuments historiques depuis le 14 mars 1840. Cette protection reconnaît sa valeur architecturale et historique. Elle implique aussi de conserver un édifice complexe, exposé aux intempéries et aux effets du temps, en tenant compte de ses matériaux, de ses décors et de ses transformations successives.

Ce que les fouilles ont révélé

Les fouilles archéologiques de 1972 ont mis en évidence plusieurs édifices antérieurs à l’église actuelle. En 2022, une campagne de fouilles préventives menée dans le cadre du projet de piétonisation de la place de la Cathédrale a approfondi ces recherches. La première phase s’est déroulée de mai à septembre 2022.

Ces recherches ont notamment confirmé la présence d’un cimetière urbain autour de l’édifice, attesté dans les écrits du XIIIe au XVIIIe siècle. Elles ont aussi permis d’étudier le mur d’enclos construit en 1212 autour du cimetière et de l’église. Il s’agit d’un mur en appareil de gros galets et de moellons de grès liés au mortier de chaux. Sous le sol de la place, l’histoire de la collégiale se poursuit donc bien au-delà de ses façades.

Visiter et suivre la restauration de la collégiale

La collégiale se situe place de la Cathédrale, dans le centre ancien de Colmar. Elle reste un lieu de culte. Une visite respectueuse suppose de tenir compte des offices, des temps de prière et des éventuelles restrictions liées à la vie paroissiale ou aux travaux. Pour connaître les horaires de messes, les conditions d’ouverture, les visites guidées, l’accessibilité ou les fermetures temporaires, il est préférable de vérifier les informations actualisées auprès de la paroisse, de la Ville de Colmar ou de l’office de tourisme avant le déplacement.

Un chantier extérieur de grande ampleur

La restauration extérieure est estimée à 18,4 millions d’euros, pour une durée prévisionnelle de 6 ans répartie en 4 phases. Le programme concerne les parements en grès de Rouffach, les sculptures, les couvertures, les charpentes et les vitraux. Il répond à des dégradations qui touchent l’enveloppe du bâtiment ainsi que ses éléments décoratifs et protecteurs.

Les personnes qui souhaitent participer à cette préservation peuvent se renseigner sur les modalités de don proposées par la Ville de Colmar. À partir de 10 euros, le nom d’un donateur peut être ajouté sur le site de la Ville, avec son accord. À partir de 150 euros, un remerciement sur sa page Facebook est annoncé, là encore sous réserve de l’accord du donateur. Ce soutien contribue à préserver une œuvre gothique encore utilisée comme lieu de culte, repère urbain et témoin de l’histoire de Colmar.

Éléonore Weitzmann

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